Mon Top 30 des films de 2019

Mon Top 30 des films de 2019

Fin d'une année, fin d'une décennie. Retour en images, en textes, en sensations et en émotions sur la cuvée cinéma 2019. D'Hamaguchi à Eggers, en passant par Gray et Llinas. Lire plus

Les Misérables

Les Misérables

Vrai-faux La Haine 2019, ce film de son époque est aussi un essai éminement philosophique sur un sujet sociétal majeur : le pouvoir d'une image et ses conséquences. Lire plus

The Irishman

The Irishman

Des gangsters, De Niro, Pesci, Pacino, une durée gargantuesque et un budget encore plus énorme : The Irishman avait des airs de film ultime pour Scorsese - où est-il justement un peu plus que ça ? Lire plus

The Lighthouse

The Lighthouse

Tour de force technique avant tout, The Lighthouse avait sû générer de forces attentes : le buzz passé, le résultat vaut-il un peu plus que le tour de passe-passe égocentrique ? Lire Plus

mercredi 6 septembre 2023

Anatomie d'une chute

ANATOMIE D'UNE CHUTE (2023)
DE JUSTINE TRIET
-------------

Météo : neige. Lieu : alentours de Grenoble, chalet isolé. Lieu.x : salle d’audience, probablement Grenoble, aussi. Contexte : interview. Bande sonore : P.I.M.P., de 50 cent / proxénète à cinquante centimes. Reliques physiques : une traînée de sang dans la neige, un coup fort sur le crâne, une fenêtre ouverte. Récit : une chute.

Qu’est-ce qu’une anatomie ? L’étude d’une structure : organes, corps, éléments, organisés dans l’espace, intercorrélés. Faire l’anatomie d’une chute, c’est donc étudier comment un corps – celui de Samuel – entre en interaction avec d’autres corps : une fenêtre, un toit, un sol. Un autre être humain. Peut-être une femme. Sa femme. Un coup ? Une histoire. L’histoire d’un coup ? L’histoire d’un couple. Anatomie d’un couple. L’anatomie, non seulement physique, est alors aussi psychique, mental, historique, intangible. Faire l’anatomie de l’Anatomie d’une chute, c’est donner à la chute une autre anatomie : où se situe la science quand la science échoue à se positionner ? L’un dit l’un, l’autre dit l’autre, personne ne sait, chacun se toise, la vérité se suspend. Vérité, sinon celle que l’on s’échange, celle que l’on se recréée. L’anatomie, c’est non seulement cette vérité physique, mais aussi une fabrication : celle d’un chaos. Quoi de mieux que des mots, des lignes, des images, face à un nœud polysémique – le centre d’une galaxie de pensées où l’anatomie même du réel perd sa texture imaginaire, car au fond, qu’est-ce qu’elle est sinon l’addition d’un sac de vérités.

Que chercher lors d’un procès ? Une vérité, une culpabilité, un mobile. Un réel. Le procès est alors une anatomie, l’anatomie d’un chaos, d’une chute. Quelle chute ? Celle, vertigineuse, de nos repères, de nos grilles de lecture. L’anatomie de nos anatomies de lecture. Ce labyrinthe, infini, vertigineux, fait perdre pied, il reformule une grammaire : faire l’anatomie d’une chute, c’est déconstruire nos propres constructions, nos propres faiblesses, nos propres projections. Ici, rien de moins qu’une galerie d’inconnu.e.s qui perdent pied ou se mettent faussement en scène face à l’anarchie d’un réel immuable, déstructuré, indéfinissable. Sa fatalité, sévère, est qu’une victoire n’est qu’une défaite, et qu’une défaite n’aurait même pas été une victoire ; les monuments ne sont que des faits divers, et le divers ne sera, jamais, qu'un monument.

★★★★

1 commentaires:

  1. Ce ne sont pas ceux qui ne mentent pas qui sont crus, mais ceux qui mentent avec assurance. Et c'est le cas dans la plupart https://yapeol.co/5279-night-swim.html des films.

    RépondreSupprimer