Mon Top 100 des films du XXIème siècle

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mercredi 16 octobre 2019

The Irishman


THE IRISHMAN (2019)
RÉALISÉ PAR MARTIN SCORSESE
AVEC ROBERT DE NIRO, AL PACINO, JOE PESCI
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Arlésienne cinéphile dont la simple idée était devenue culte, on aurait pu penser de The Irishman qu’il rejoindrait Napoleon, L’Enfer, Dune et Megalopolis au rayon des plus grands films n’ayant jamais existés – ceux à la saveur d’œuvre ultime, et même somme, de réalisateurs pour lesquels le projet semblait – et c’est rare – parfait. Il faut dire que, pour un fan de Scorsese, le fantasme était total, presque trop épuisant : De Niro, Al Pacino, Pesci, le tout dans une fresque mafieuse monumentale à la saveur des grandes heures de Casino et autres Affranchis. Une ambition si folle que personne ne semblait en vouloir. Il n’aura finalement fallu qu’un Netflix et quelques 160 millions de dollars pour voir tout cela se concrétiser, au point qu’on n’ait presque plus trop envie de le voir : une technique de rajeunissement numérique qui avait tout l’air d’un fiasco, une durée folle de 3h30, les habituels coups manqués hebdomadaires de Netflix, et surtout la peur incommensurable d’être déçu.

I Heard You Paint Houses. La citation résonne comme, à son époque, le fameux I always wanted to be a gangster de Ray Liotta. Peindre des maisons, c’est être tueur à gages – comme le personnage de De Niro, l’Irlandais, Frank Sheeran de son vrai nom, ex-camionneur devenu protégé de la mafia sicilienne de New York. Sa signature : deux ou trois coups de pistolet (pour être sûr) en direction des cibles qu’on lui donne, et qui finissent par tomber comme des mouches – dans une ruelle, dans un restaurant, dans une maison vide. Jusqu’à toutes disparaître.
Tout au long de The Irishman, la mort pointe son nez. Comme une prédiction tout d’abord, puis comme une fatalité – même les gangsters meurent, souvent par balles ; même les gangsters vivent l’épreuve du temps qui passe, et rejoignent leur cercueil, qu’ils choisissent comme tout vieillard en sachant qu’ils vont bientôt quitter ce monde, tranquillement, isolé, seul, en fauteuil, dans un lit, dans une maison de retraite. L’esprit plein de remords ? Oui, pas celui d’avoir tant tué, mais celui de n’avoir pas su aimer, de n’avoir pas pu être aimé.
L’amour d’un père, d’un ami, d’un fils, plane comme une ombre au sein de The Irishman : il y a cette ritournelle d’un De Niro qui pousse la porte en pleine nuit, aperçu du palier, et surtout le regard d’une fille qui, par un simple coup d’œil, écrit la préface d’un conflit – un conflit sous la forme d’un abandon. La tragédie devient alors multiple : n’aurait-il pas mieux fallu disparaître comme tous ces Tony, il y a vingt ans, au ricochet de la balle perdue d’un sanglant règlement de comptes ?
Et puis Dieu, figure fantomatique chez Scorsese, qui apparaît ici comme le dernier espoir d’un salut impossible. L’espoir que, dans l’au-delà, le voyou sera peut-être un peu moins seul. Où sont-ils tous passés, ces adversaires, ces camarades d’un temps révolu ? Tous morts ? Jamais le cinéaste américain n’aura été si mélancolique, si résolu d’une perte de sens si totale au crépuscule de la vie. The Irishman, s’il reste évidemment un film de mafia comme Casino, est une tentative nouvelle, une fresque intime qui, sans jamais tomber dans le nihilisme, révise ses inspirations avant de les abandonner, jusqu’à transformer l’histoire de ce microcosme en une énorme farce, faite d’égos et d’abrutis légers. Et après, que reste-t-il sinon la vision comique d’une brochette de vieillards jouant à la pétanque.

Il faut mesurer The Irishman, le replacer au sein d’une filmographie. Les mafieux ont vieilli avec Scorsese, ils n’évoquent plus la même chose aujourd’hui qu’il y a trente ans. Aujourd’hui, que sont-ils ? Dépassés, croulants, morts ; et leur héritage celui de décennies de sang dont on retiendra que des anonymes, au pedigree aussi long qu’une autopsie : une, deux, trois balles. Peut-être une strangulation. Sinon un lieu différent. Le temps détruit tout, même la violence – et face à la mort, il n’y a plus aucune différence sinon celle de se demander si tout cela valait le coup : vivre comme un gangster, mourir comme un gangster. A défaut d’être un grand film, The Irishman est une réflexion de (trop) longue haleine sur l’Homme et sa fragilité. Drôle, mélancolique, doucereux : on rigole puis on se retrouve piégés de la tragédie, puissante et toujours déprimante, de voir une vie défiler. On s’attendait à beaucoup de choses de la part de The Irishman mais en tout cas pas à une dramédie caustique, et c’est peut-être là l’atout principal de ce qui est peut-être son moins bon film en vingt ans (mais ça, le temps nous le dira) : arriver, à presque quatre-vingt ans, à renouveler ainsi son cinéma avec une œuvre mature et fraiche, légère et sombre, cent fois trop longue et cent fois trop courte. Sans oublier ce plan final, qui restera parmi les plus inoubliables de sa filmographie, observant en un lourd silence la fin d’une faucheuse, invitant sa destinée comme un appel d’air s’engouffrant dans une porte qu’on aura laissé ouverte : il y aura-t-il seulement quelqu’un pour venir la pousser ?

★★★

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