Mon Top 30 des films de 2019

Mon Top 30 des films de 2019

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Les Misérables

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Vrai-faux La Haine 2019, ce film de son époque est aussi un essai éminement philosophique sur un sujet sociétal majeur : le pouvoir d'une image et ses conséquences. Lire plus

The Irishman

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Des gangsters, De Niro, Pesci, Pacino, une durée gargantuesque et un budget encore plus énorme : The Irishman avait des airs de film ultime pour Scorsese - où est-il justement un peu plus que ça ? Lire plus

The Lighthouse

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Tour de force technique avant tout, The Lighthouse avait sû générer de forces attentes : le buzz passé, le résultat vaut-il un peu plus que le tour de passe-passe égocentrique ? Lire Plus

vendredi 22 septembre 2023

Eva en août


EVA EN AOÛT (2020)
RÉALISÉ PAR JONAS TRUEBA
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Critique écrite pour Le Blog du Cinéma en 2020 pour la sortie du film. 

Il est à priori impossible de ne pas penser à Eric Rohmer en découvrant Eva en août : l’été, une femme en quête de sens, des discussions existentielles sur fond de cigales. Plus qu’une influence, Rohmer est un véritable genre chez l’espagnol Jonás Trueba – un cinéma visiblement plus à la mode que les blockbusters américains en cette nouvelle ère post-Covid, puisqu’après le français Guillaume Brac (A l’abordage !) et le coréen Hong Sang-soo (Hotel by the River), c’est le troisième film manifestement inspiré du réalisateur de Ma nuit chez Maud qu’on nous permet de découvrir d’une manière ou d’une autre, depuis le début de l’été. Trois pendants d’une même pièce, d’une même intention, de mêmes codes, ultime bastion d’une façon très singulière de définir le cinéma estival : plus qu’une suite de pyrotechnies, ce sont des explosions sentimentales et intimes qu’on nous donne à voir. Celles, assez consécutives du tumulte de nos sociétés, d’une nature humaine en léthargie, navigant au fil des rencontres et des imprévus.

S’il fallait d’ailleurs définir un film de Rohmer particulièrement proche d’Eva en août, ce serait Le Rayon Vert, dont Trueba fait varier l’élément déclencheur : dans le premier, Delphine cherche désespérément à partir en vacances – dans l’autre, Eva choisit délibérément de demeurer en ville, terre délaissée chaque mois d’août et qui se métamorphose en un décor de cinéma profondément fascinant. De la mégalopole bruyante apparaissent rues désertes et guinguettes de campagne ; chaque son, étouffé, laisse place aux discussions les plus profondes – celles qui naissent des transitions. Des transitions qui surgissent du mois d’août, charnière annuelle de vies qui se transforment.

Eva en août, à la Rohmer, est donc logiquement un récit initiatique où l’initiation est une introspection. Pas vraiment d’intrigue, ni de finalité narrative, seulement une tranche de vie où se joue l’existence elle-même, sans forcément de belle solution redéfinitoire : on ignore l’avant, on devine l’après, sans que ceux-ci aient une importance autre qu’intuitive.

L’amalgame pourrait paraître réducteur – il est en fait l’armure d’une partition parfaitement assumée : si Trueba référence Rohmer, c’est pour mieux le faire tourner, pour mieux le tordre. Film madrilène, film générationnel, Eva en août est paradoxalement un pur produit de son époque. Les questionnements de l’héroïne, innovant à travers quelques micro-variations imperceptibles, s’imprègnent alors d’une étonnante mélancolie : celle des étés-canicules, des soirées eco-cups, de la pensée mondialisée d’internet, et bien entendu du parasite technologique qui brille de par son absence. C’est comme si, le temps de quelques semaines chaque année, l’humain se retrouvait face à sa propre vérité.


★★★★

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