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mercredi 10 mai 2017

Alien : Covenant


ALIEN : COVENANT (2017)
RÉALISÉ PAR RIDLEY SCOTT
AVEC MICHAEL FASSBENDER, KATHERINE WATERSTON, BILLY CRUDUP
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Malgré ses hauts et ses bas, il semble y avoir une constante dans la saga Alien : celle de se réinventer sans vraiment se transcender d’un film à l’autre. On se souvient des sommets respectifs atteints par les deux premiers volets de Ridley Scott et James Cameron, à leur époque, dans deux registres complètement différents : le film d’épouvante atmosphérique et le film d’action survival. Il y a déjà cinq ans, Prometheus se donnait pour ambition de redistribuer à nouveau les cartes de la mythologie Alien. Quelque part entre l’angoisse et l’action de ses glorieux ancêtres, le film de Ridley Scott se chargeait surtout d’une nouvelle thématique centrale : celle des origines et de la création, auxquelles son titre faisait si explicitement référence. Une thématique qui semble en tout cas être devenue le nouveau fil rouge de la saga.


Les années ont passé, l’accueil brutal de Prometheus s’est estompé, et Ridley Scott aura finalement réussi un retour à la science-fiction de ses débuts avec le très sympathique Seul sur Mars. Alors que l’on a un temps parlé d’un Alien 5 réalisé par le sud-africain Neill Blomkamp pour faire suite à l’arc Ellen Ripley, c’est finalement à Prometheus que fait suite Alien : Covenant. Avec, au passage, une révélation de circonstance : le vrai personnage principal de Prometheus n’était pas celui de Noomi Rapace, mais l’androïde interprété par l’impressionnant Michael Fassbender, de retour dans cette suite.
Le prologue d’Alien : Covenant se passe sur Terre. On y évoque la création, l’Homme, le divin. Si proche dans son ton du film précédent, cette scène introductive introduit brutalement la réflexion profonde de Covenant : qu’est-ce que c’est, finalement, être un démiurge, et l’être humain a-t-il les épaules pour y prétendre ? Ces questions intéressent au fond davantage Scott et ses scénaristes que la mythologie Alien, qu’ils s’amusent à métamorphoser sans remords (certains diront qu’ils la trahissent).
La première partie du film nous ramène en terrain connu : un signal de détresse, une planète lointaine, un vaisseau à l’abandon. On connait la chanson, et il faut dire qu’elle est plutôt bien orchestrée. C’est dans sa seconde heure que Covenant s’en va explorer de nouvelles contrées pour la saga, en allant presque lorgner du côté du fantastique gothique-baroque et de Frankenstein, s’adonnant à l’écriture d’une certaine forme d’effroi existentiel et métaphysique, plus qu’à l’épouvante à l’ancienne qui avait jadis fait le succès de la saga. Dans ses ambitions, on serait presque plus proche d’un Blade Runner ou d’un 2001 : L’Odyssée de l’espace façon Hammer que d’un The Thing ou d'un Le Huitième Passager.
Cela chagrinera les fans de la première heure, mais on peut pardonner ce choix à Ridley Scott qui, au-delà des défauts inhérents à ce fort poussif Covenant, fait prendre une direction assez excitante à son œuvre. On nous bombarde d’ellipses et de raccourcis à peine crédibles, de décisions incohérentes et d’une direction artistique qui alterne le sublime (la découverte de la planète) et le kitsch (dans la deuxième partie), mais dès que Covenant se penche sur ses questionnements plus profonds, il le fait avec un tel automatisme excentrique (à l’image du personnage de David) que cela en devient jubilatoire. Covenant n’a pas peur du ridicule et des méchants de cartoons, et c’est bien là sa plus grande qualité.


Alors que Ridley Scott, tout excité par ce quasi-reboot d’Alien, nous annonce des suites et des prequels à foison, on ne peut que s’interroger sur deux points : le cinéaste a-t-il encore le talent nécessaire pour réaliser ces suites, ou devrait-il déléguer comme il l’a fait avec Blade Runner ? Mais surtout, sera-t-il encore possible d’apporter du neuf pendant encore longtemps sans tomber définitivement dans le lourdingue ou la trahison total de l’esprit Alien ? Covenant n’est en soi pas un mauvais film, mais les rouages, qu'ils soient anciens ou nouveaux, semblent fatigués. L’horreur n’effraie pas, les personnages n’intéressent pas (à l’exception de celui de Fassbender), la mise en scène ne fait que réutiliser une recette déjà bien connue. Reste que tout cela ne prouve qu’une seule chose : quand on en vient à parler davantage de la saga que du film en lui-même, c’est qu’il y a des murs à changer. Covenant est anecdotique, souvent médiocre et rarement splendide – mais il est avant tout une promesse et une crainte pour l’avenir.

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