Mon Top 30 des films de 2019

Mon Top 30 des films de 2019

Fin d'une année, fin d'une décennie. Retour en images, en textes, en sensations et en émotions sur la cuvée cinéma 2019. D'Hamaguchi à Eggers, en passant par Gray et Llinas. Lire plus

Les Misérables

Les Misérables

Vrai-faux La Haine 2019, ce film de son époque est aussi un essai éminement philosophique sur un sujet sociétal majeur : le pouvoir d'une image et ses conséquences. Lire plus

The Irishman

The Irishman

Des gangsters, De Niro, Pesci, Pacino, une durée gargantuesque et un budget encore plus énorme : The Irishman avait des airs de film ultime pour Scorsese - où est-il justement un peu plus que ça ? Lire plus

The Lighthouse

The Lighthouse

Tour de force technique avant tout, The Lighthouse avait sû générer de forces attentes : le buzz passé, le résultat vaut-il un peu plus que le tour de passe-passe égocentrique ? Lire Plus

dimanche 19 avril 2015

A Petal (1996)


A PETAL (1996)
RÉALISÉ PAR JANG SUN-WOO
AVEC LEE JUNG-HYUN, MUN SEONG-KUN, CHU SANG-MI

Jang Sun-woo est un dinosaure du cinéma coréen - l'un des premiers réalisateurs qui a pris part à cette nouvelle vague Hallyu débutée dans les années 90. A Petal s'inscrit en plein centre de sa courte filmographie, drame engagé à l'ambiance aussi réaliste qu'elle est parfois psychédélique, contant l'histoire d'une jeune femme traumatisée par le fameux massacre de Gwangju commis par l'armée sud-coréenne contre des manifestants en 1980. Un événement qui a profondément marqué le pays et qui est couramment traité au cinéma, parfois sous le prisme de la vengeance (26 Years) ou encore du huis-clos oppressant (National Security). A Petal ne rejoint cependant aucune de ces deux catégories.


Le film de Jang s'argumente davantage comme un film mémoire - la personnage principale qui s'est retrouvée au cœur de ce bain de sang en conserve les cicatrices, alors que l'ensemble du pays est en pleine mutation et semble tirer un trait sur ce passé proche douloureux. A Petal possède à la fois ce point de vu intimiste (le traumatisme de Gwangju) et d'ensemble (Corée-du-Sud en transition politique), se posant à bien des égards comme un véritable pamphlet. Un devoir de mémoire transmis par le film qui ne se limite pourtant pas à cet aspect - drame aux allures de tragédie, bouleversant et touchant sans jamais faire dans l'émotion facile tire-larmes, récit à la fois d'une quête apparemment impossible (mais sans cesse proche de son aboutissement, en tout cas c'est l'impression qu'en donne le montage presque intemporel) et d'une relation improbable et indéfinissable (père-fille, amants, amis ?).
Porté sur les épaules par un excellent casting (Lee Jung-hyun en tête), magnifié par une bande-originale absolument parfaite (entre rock sixties psyché coréen et petites mélodies douces-macabres) et une réalisation inventive à défaut d'être dénuée de défauts (les séquences animées sont, à cet égard, plutôt inutiles et faussement ambitieuses) – A Petal prouve qu'il est aussi une réussite formelle évidente. Les séquences flashbacks notamment font office de moments à la fois de grâce et d'horreur justes et fascinants.


Un drame psychologique marginal et riche de sens -- une folie dans la mise en scène et la narration (sans cesse décousue) typiquement coréenne, des personnages forts et un rythme soutenu qui empêche tout ennui. On frôle bien souvent le génie, et on ne peut que se lamenter que cette petite merveille ne soit pas plus connue. Si les plus pinailleurs pourront trouver la démarche parfois artistiquement naïve (mais pas scénaristiquement, attention), ça ne fait que participer à la beauté désuète de A Petal, dont le titre - si court soit-il - semble réunir toute la poésie et la majesté de la production.



Critique écrite le 22 août 2014

0 commentaires:

Publier un commentaire