Mon Top 100 des films du XXIème siècle

Mon Top 100 des films du XXIème siècle

Fincher ? Moretti ? Haneke ? Almodovar ? Depardon ? Kore-eda ? Joe ? Nolan ? Quels seront les absents et les présents ? A la BBC, voici mon top 100 des films du XXIème siècle. Lire plus

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The Assassin

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Le gigantesque cinéaste taïwannais Hou Hsiao-Hsien s'attaque au cas du wu xia pian et nous livre une fresque historique monumentale, innovante, singulière. Un film unique qui se classe d'ors et déjà parmi les plus grosses claques de l'année. Lire plus

The Revenant

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Le monstre d'Iñarritu sort enfin dans nos salles : est-ce que ce film, annoncé comme l'un des monuments de l'année, correspondra aux attentes ? Lire Plus

mardi 8 septembre 2015

Show Me A Hero - Mini-série


MINI-SÉRIE HBO
Créée par David Simon
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Parmi les noms qui, collés sur l’affiche d’une nouveauté HBO, feraient frémir n’importe quel sériephile, celui de David Simon a probablement une résonance universelle. Créateur de deux des œuvres télévisuelles les plus importantes de la dernière décennie – The Wire et Treme – ainsi que de mini-séries tout aussi mémorables, ce n’est pas à Baltimore et non plus à La Nouvelle-Orléans qu’il pose ses bagages cette fois-ci, mais dans l’état de New York, à Yonkers. En adaptant, avec le soutien de l’ancien journaliste William F. Zorzi, le roman Show Me A Hero de Lisa Belkin, c’est aussi la première fois qu’il traite officiellement d’une histoire vraie.


Pour l’occasion, David Simon s’est payé Paul Haggis, Oscar Isaac et Winona Ryder. L’une des qualités de ses séries a toujours été la capacité de ses acteurs de se fondre derrière leur personnage : cette nouvelle itération ne déroge pas à la règle, car même les stars y sont méconnaissables. Il est effectivement très important de le souligner, bien avant l’intelligence politique de Show Me A Hero, bien avant la profondeur de son message, bien avant sa qualité d’écriture exceptionnelle, la véritable attraction de la série, c’est Oscar Isaac. Isaac qui, depuis Inside Llewyn Davis, enchaîne les choix de carrière admirables (et diversifiés, passer de Simon à Star Wars c’est un grand écart). Interprétant Nick Wasicsko, il est la clé du succès de la série : contrairement aux séries précédentes de son auteur où il était difficile de désigner une figure centrale, Show Me A Hero se concentre sur un personnage principal. Simon ne délaisse pas son amour du récit choral, et les destins de plusieurs visages se croisent constamment, mais c’est véritablement Isaac qui se retrouve au centre de la scène. Il donne à Wasicsko une complexité incroyable, de sa confiance fluctuante à sa paranoïa grandissante – un jeu tout en finesse et une interprétation à saluer, tant elle était primordiale au succès du reste.
Comme à son habitude, en prenant le point de vue d’une ville américaine, Simon parle des Etats-Unis et plus généralement de notre société contemporaine. Deux sujets semblent au centre de sa réflexion : la ségrégation sociale et la manœuvre politique. Le point le plus brillant de ce traitement est que, malgré son engagement, Simon ne s’autoproclame jamais juge des personnages qu’il décrit. Ce souci du réalisme, de la peinture d’un échange anti-manichéen au possible, rend ces hommes politiques, ces familles en difficulté et ces riches bourgeois bien plus humains qu’ils ne peuvent l’être dans la plupart des tentatives américaines actuelles de fiction sociale – American Crime, par exemple. Plus que de s’intéresser aux conséquences du rejet et de la peur de l’autre, comme l’a fait John Ridley, Simon se focalise sur ses causes. C’est un terrain glissant et il faut savoir faire preuve d’une rare subtilité pour ne pas tomber dans l’amalgame ou dans la généralisation. Simon ne fait évidemment jamais dans la caricature – son propos est mesuré et apparait fatalement comme plus pertinent. Show Me A Hero n’est pas seulement une affaire de racisme, mais aussi une chronique politique désenchantée où les mensonges sont presque raisonnables et où tout est question d’apparence, tout aussi critique envers ses cadres qu’envers la masse grouillante et déraisonnée, illustration terrifiante des limites de la démocratie.


David Simon propose une lecture socio-politique passionnante, intelligente et nécessaire. Il ne faut pourtant pas faire l’erreur de se limiter à cette vision de l’œuvre, car Show Me A Hero est aussi un drame intime touchant, porté par un Oscar Isaac excellent. Six épisodes, c’est bien court, mais déjà bien assez pour cet auteur de génie pour intégrer un raisonnement complet à une fiction terriblement attachante. Personnages complexes sur fond de tragédie moderne, qui ressemblerait presque à la rencontre de Zola et de Shakespeare dans la banlieue new-yorkaise. Peut-être son œuvre la plus accessible, de par sa durée et son énergie, et pourtant l’homme n’est pas tombé dans la facilité. On est d’autant plus impatients quand on sait qu’il travaille actuellement sur deux nouveaux projets, l’un sur le monde sur la finance et l’autre sur l’industrie pornographique – de quoi nous enthousiasmer, car il n’existe aujourd’hui sans doute pas d’auteur plus brillant à la télévision comme au cinéma.

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