Mon Top 30 des films de 2019

Mon Top 30 des films de 2019

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Les Misérables

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The Irishman

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lundi 21 décembre 2015

Fargo - Saison 2


SAISON 2 FX
Créée par Noah Hawley
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Si la première saison de Fargo était un projet risqué parce qu’elle déclinait en série l’un des films les plus emblématiques des frères Coen, la seconde l’est parce qu’elle fait suite à l’une des nouveautés les plus acclamées de ces dernières années. Avec sa semi-anthologie, Noah Hawley semble construire peu à peu un univers coenien ultime, où les thématiques anthropologiques des deux cinéastes se complémentent à un propos quasi sociétal – à chaque saison son époque, à chaque saison ses personnages, à chaque saison son sujet de réflexion.


L’an dernier, Fargo était une série sur la bestialité de l’être humain, sur la violente animalité qui ronge même les êtres les plus innocents. Cette nouvelle itération n’est pas tant traversée par ces questionnements existentiels que par la tragique peinture de l’Amérique post-Vietnam, rongée par les fantômes de sa jeunesse traumatisée, violentée, torturée. Le spectre d’une génération abusée par son autorité, par cette puissance supérieure et omnisciente les utilisant comme les pions de leur grand schéma. Dans Fargo, les aliens remplacent les gouvernements, les mafieux sont des soldats, policiers et civils sont les dommages collatéraux inhérents à toute guerre.
Dans le dessin de la guerre fratricide de ces victimes aux mêmes racines, la nouvelle saison de Fargo se révèle d’un pessimisme rare. Le rêve américain désenchanté, les traumatismes de la guerre, à l’empreinte ineffaçable, et la profonde inhumanité d’un monde qui les stigmatise et ne les comprends pas. Hawley fait de cette farce criminelle la rencontre brillante d’un comique de l’absurde digne des plus grands et d’un propos social tragique, fataliste et fondamentalement déprimant. Derrière le visage balafré de ces gangsters plus ridicules les uns que les autres se cachent à la fois l’ombre de l’enfer de la jungle vietnamienne transmis de génération en génération selon la mécanique macabre du cycle de la folie de l’homme, et les malaises d’une époque – du combat contre le cancer à la fin des individualités : Fargo, saison 2 est finalement le portrait des failles et des blessures de celui qui aime s’appeler le plus grand pays du monde.
Mais la plus grande réussite de la série est sans doute l’illustration de ces propos. Par l’allégorie, bien entendu, mais aussi avec style – mise en scène au-dessus de tout (ou presque) de ce qui peut se faire actuellement sur petit écran, usant de gimmicks et d’effets toujours bien sentis, casting d’un niveau admirable, inventivité constante dans l’écriture et dans la narration. Tant d’accomplissements créatifs qui font de Fargo un monument de la télévision contemporaine.


Tous essaient de trouver une réponse à cette question : pourquoi la violence ? pourquoi la guerre ? Certains s’en libèrent et la laissent se déchaîner dans une explosion de sang et de cris ; d’autres cherchent des solutions : serait-ce une question de langage ? ou alors un malaise identitaire ? Comme dernière note positive, Fargo semble nous dire de garder espoir. Parmi tous ces hommes, certains ont de bonnes intentions. Le bien, s’il se cache parfois derrière le mal, peut être une finalité. Hawley a beau être pessimiste, il n’est pas fataliste – et c’est bien pour cela que son bébé est plus qu’une simple série, plus qu’une simple relecture de l’univers des Coen. Il est un auteur, et Fargo est son chef d’œuvre.

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